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Novembre 2005, Volume 26, Numéro 1

Bulletin de santé publique



Et si la santé passait par...
l'égalité entre les hommes et les femmes

Hélène Cornellier
Vice-présidente, ASPQ

L’année 2005-2006 pourrait constituer un tournant crucial dans l’atteinte de l’égalité entre les femmes et les hommes du Québec. En effet, récemment, deux consultations particulièrement importantes ont mis en lumière la réalité entre ce qui est acquis et ce qui ne l’est pas à cet égard et, entre le chemin parcouru et à parcourir.

En premier, les consultations gouvernementales, Place aux citoyens et Forum des générations, ont fondé leurs démarches sur les problèmes du Québec liés à la démographie et aux finances publiques. Les promoteurs y ont lancé un appel à la solidarité intergénérationnelle, jugée essentielle pour la survie et la vitalité de la société québécoise. Pourtant, il ne fut aucunement mention qu’au sein de ces générations appelées à se solidariser, les femmes n’ont pas encore atteint l’égalité « de fait » avec les hommes et ce, malgré l’égalité reconnue en droit. En second, la consultation Vers un nouveau contrat social pour l’égalité entre les femmes et les hommes, tout en reconnaissant le chemin parcouru au Québec, a permis de démontrer les inégalités encore existantes entre les femmes et les hommes et de recommander des moyens concrets pour les contrer.

La solidarité verticale entre les générations, demandée par le gouvernement l’an dernier, a occulté la nécessaire solidarité horizontale entre les genres au sein d’une même génération comme de toute la société. Lors de cet exercice de relations publiques de 2004, on semblait avoir oublié que la parité entre les femmes et les hommes est essentielle pour assurer un processus pleinement démocratique et pour faire avancer la société québécoise sur tous les plans. La Politique de l’égalité à venir permettra-t-elle de rendre visible ces inégalités et, grâce à son plan d’action, de faire en sorte que l’ensemble des acteurs du Québec agissent de concert afin de construire

une société égalitaire pour l’ensemble des citoyennes et des citoyens?

Égalité et santé, quels liens?


Avec l’octroi du droit de vote aux femmes en 1940, le Québec a entrepris une démarche pour réaliser l’égalité entre ses citoyennes et ses citoyens. En 2005, cette démarche ne justifie-t-elle pas que le système de santé, incluant la santé publique, fasse de l’égalité une des composantes de ses analyses et de ses actions?

La Charte d’Ottawa, dont le 20e anniversaire sera souligné en 2006 lors des Journées annuelles de santé publique, visait à réaliser un objectif ambitieux, soit la Santé pour tous d’ici l’an 2000. Cette Charte, rédigée par les pays participants à la première Conférence internationale pour la promotion de la santé stipule que « (L)a santé exige un certain nombre de conditions et de ressources préalables, l’individu devant pouvoir notamment : se loger, accéder à l’éducation, se nourrir convenablement, disposer d’un certain revenu, bénéficier d’un éco-système stable, compter sur un apport durable de ressources et avoir droit à la justice sociale et à un traitement équitable. »

De cette Charte, signée par le Canada et sur laquelle l'Association pour la santé publique du Québec fonde ses actions, découle des orientations en termes de prévention et de promotion et ce, tant pour les femmes que pour les hommes. Pourtant, la santé publique n’était pas au rendez-vous lors de la récente consultation du Conseil du statut de la femme sur l’égalité entre les femmes et les hommes. Qui mieux qu’elle (la santé publique) aurait pu faire état des inégalités au niveau des déterminants de la santé tout comme des services de santé et des services sociaux? En fait, seuls deux groupes de femmes oeuvrant en santé et quelques organismes travaillant pour les personnes handicapées ont cru important de se faire entendre sur la question de la santé en lien avec l’égalité.(1)

Ainsi de l’avis du Réseau québécois d’action pour la santé des femmes « (L)es inégalités de santé entre les femmes et les hommes se saisissent en lien avec la pauvreté, avec les rapports inégalitaires et avec les conditions de vie des femmes. (…) Ces rapports conditionnent non seulement leur état de santé mais également leur accès aux services (…). Ils ont aussi un impact sur la prestation rémunérée ou bénévole des soins, qu’assument de très nombreuses femmes. »(2)

Par ailleurs, il est nécessaire de constater à quel point les différentes étapes de la vie des femmes (puberté, grossesse, ménopause) sont médicalisées, alors que certains problèmes de santé ont été analysés et définis uniquement en fonction des recherches effectuées sur les hommes. À titre d’exemple, ce n’est que récemment que la recherche sur les maladies cardiovasculaires a regardé du côté des femmes pour découvrir que les symptômes n’étaient pas les mêmes que chez les hommes. De ce manque au niveau de la recherche et, donc, au niveau de l’information et de la prévention, de nombreuses femmes n’ont pas été diagnostiquées à temps. Encore maintenant, l’information adéquate circule peu.

De plus, au niveau des services de santé et des services sociaux, la planification et les budgets favorisent les méga-hôpitaux et les nouvelles technologies, lire « curatif », plutôt que des ressources alternatives permettant d’offrir des services de première ligne tels que les maisons de naissance, lire « préventif ». La santé publique porte aussi beaucoup d’attention, à raison, à des problèmes tels que ceux liés à l’usage du tabac et, maintenant, à l’obésité. Mais pourquoi ne pas mettre autant de ressources au niveau de la promotion de l’allaitement comme facteur de santé pour la mère et l’enfant?

La santé publique peut-elle faire l’économie de l’égalité?


Pourtant, pour atteindre des résultats tangibles et à long terme, les recherches en santé physique ou mentale et en santé publique doivent plus que jamais utiliser l'Analyse différenciée selon les sexes (ADS(3)). Sans cette analyse, aucune politique ou mesure ne sera efficace ou optimale car elle ne tient pas compte des inégalités, des différences ou des impacts sur les femmes et les hommes.

Rappelons qu’au Québec, les femmes constituent la majorité des aidantes et aidées, des bénévoles et travailleuses. Elles sont aussi majoritairement pauvres tant à l’âge adulte qu’à la retraite, entre autres, à cause de leur travail au sein de la famille auprès des enfants et des personnes malades, handicapées et en perte d’autonomie. Cependant, elles sont en minorité dans les postes de décision que ce soit aux niveaux gouvernemental et municipal tout comme dans les instances comme le réseau de la santé. Leur nombre dans la société est inversement proportionnel au pouvoir qu’elles exercent dans la cité.

Dans ce contexte, la santé publique, en lien avec son mandat social, peut-elle faire l’économie de s’assurer que les femmes et les hommes aient un poids égal dans la balance des pouvoirs tout comme dans l’organisation et la distribution des services de santé au Québec? Et sommes-nous prêts comme société pour une véritable égalité entre les femmes et les hommes? Question impertinente, direz-vous, lectrices et lecteurs! Pourtant, un regard porté sur l’environnement politique, social et économique actuel m’amène à me la poser. Et les années à venir en dessineront les réponses.

1. Pour informations, voir les 108 mémoires déposés à la commission des affaires sociales : http://www.assnat.qc.ca/fra/37legislature1/commissions/Cas/depot galite.html

2. Réseau québécois d’action pour la santé des femmes (RQASF), Mémoire ur l’Avis de Conseil du statut de la femme intitulé « Vers un nouveau contrat social entre les femmes et les hommes », déposé à la commission des affaires sociales, décembre 2004, pp. 12–13.

3. Analyse différenciée selon les sexes (ADS) : Utilisé au Québec, ce processus vise à discerner de façon préventive, au cours de la conception et de l’élaboration d’une politique, d’un programme ou de toute autre mesure, les effets distincts que pourra avoir son adoption par le gouvernement sur les femmes et les hommes ainsi touchés, compte tenu des conditions socio-économiques différentes qui les caractérisent.


Association pour la santé publique du Québec



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