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Novembre 2005, Volume 26, Numéro 1

Bulletin de santé publique



Vingt-cinq ans après Accoucher… ou se faire accoucher? :
Une question toujours d'actualité

NDLR : Espérant vous donner envie de courir à la librairie, nous vous proposons quelques extraits du texte d’Hélène Cornellier, publiés dans le livre Au Coeur de la naissance – Témoignages et réflexions sur l’accouchement. Extraits choisis par Catherine Chouinard, chargée de projet au dossier Périnatalité.

Un quart de siècle après les colloques Accoucher… ou se faire accoucher?, l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ) poursuit toujours ses objectifs de santé pour la périnatalité. Celle-ci a encore besoin d’être mise en question afin de répondre aux besoins des Québécoises et des Québécois. Plus qu’une intervention médicale, il s’agit d’une période de vie faisant partie d’un ensemble familial et communautaire tout autant que social et culturel. Au-delà des mots, nous voulons écouter, l’esprit ouvert, les mères et les pères qui parlent ou dont le silence est plein de sens.

(…) Il y eut, en 1980–1981, quelque 8000 Québécoises et Québécois participaient aux colloques régionaux Accoucher… ou se faire accoucher? (…) Deux éléments majeurs en ressortaient : l’absence d’autonomie et la déshumanisation des soins. De plus, les participantes ont fait plusieurs recommandations qui touchaient le prénatal, l’accouchement et le postnatal. Elles voulaient une diminution des interventions routinières; une continuité dans les soins, les services et les intervenantes et intervenants; la mise en place de chambres uniques de naissance en centre hospitalier et de maisons de naissance autonomes; la légalisation de la profession de sage-femme et l’accès à leurs services, incluant l’accouchement à domicile. (…)

(…) De façon générale, que nous dit ce bilan des vingt-cinq dernières années? A-t-on modifié la conception de la naissance ou plutôt remplacé des pratiques et des techniques par d’autres, tout aussi déshumanisantes? A-t-on réussi l’humanisation de la maternité ou l’humanisation de la médicalisation de la maternité et de la naissance? Le pouvoir médical a-t-il adopté d’autres formes de contrôle? Qu’en disent les parents d’aujourd’hui? (…)

(…) Bien que la naissance d’un enfant ait un sens plus large que ses aspects biomédicaux, ce sont sur ceux-ci que l’attention porte généralement, occultant la mère, le père et l’enfant à naître, au profit du tracé du moniteur, de la position qui convient pour l’accoucheur et des tests à faire au nouveau-né. La naissance a subi une perte de sens depuis son appropriation par la médecine. La profession médicale a une sérieuse remise en question à faire. Manque de confiance dans le corps des femmes ou peur dans leur capacité à mettre au monde leurs enfants, les médecins ont peu à peu transféré leurs peurs aux femmes. Au nom du choix que revendiquaient les femmes en 1980, les médecins prescrivent maintenant des césariennes ou des épidurales sur demande. (…)

(…) Quant au postnatal, c'est le parent pauvre de la périnatalité. Après leur court séjour en centre hospitalier suivant l'accouchement, peu de visites sont faites aux mères et aux nouveau-nés, faute de ressources suffisantes. Il ne semble pas que nous ayons encore intégré cet aspect du processus à la périnatalité. Pourtant, les premiers jours et les premières semaines sont cruciaux pour la création du lien d'attachement mère-enfant et pour aider à construire les habiletés des parents et leur sentiment de confiance. C'est le moment de soutenir les mères qui allaitent si on souhaite qu'elles allaitent plus longtemps. Il y a tant à faire durant cette période et, pourtant, les parents sont laissés à eux-mêmes. (…)

(…) Quant à l’ASPQ, notre objectif, toujours vivant, vise à favoriser une culture de la maternité comme période normale de la vie, à partir des femmes et des parents et en collaboration avec les intervenants. Pour nous, la promotion de la santé commence avant la naissance. En partant d’un bon pied, nous capitalisons sur notre avenir. La continuité des services et des soins et leur démédicalisation resteront au coeur de nos préoccupations. De plus, l’intégration complète des sages-femmes et la mise en place de lieux alternatifs pour le suivi des grossesses et de la naissance guideront aussi notre action pour les années à venir.

La périnatalité, c’est le mot savant pour parler de la maternité et de la paternité. Restons simples! Mettons nos énergies là où les femmes, les pères et les nouveau-nés en profiteront réellement!


Association pour la santé publique du Québec



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