Accueil






Retour


Novembre 2005, Volume 26, Numéro 1

Bulletin de santé publique



Il fait bon vivre à LA CORVÉE
« C'est ici que j'aimerais vieillir »

Hélène Vadeboncoeur
Membre du jury du Prix Jean-Pierre Bélanger

NDLR : Au moment d’aller sous presse, le récipiendaire 2005 du Prix Jean-Pierre Bélanger n’était pas encore connu mais vingt candidatures étaient soumises à l’examen du jury. Comme le Bulletin de santé publique n’a pas été publié depuis la remise du Prix en novembre 2004, nous n’avons pas eu l’occasion d’en présenter les récipiendaires dans ces pages. Mieux vaut tard que jamais et il nous fait plaisir de vous faire connaître LA CORVÉE de Saint-Camille, un projet présenté par sa directrice, madame Joanne Gardner, et son président, monsieur Henri-Paul Bellerose.




De gauche à droite : André Dontigny, Josée Bernier, Alain Poirier, Henri-Paul Bellerose, Renald Bujold, Joanne Gardner, Mario Morand, Claire Milette, Lysane Grégoire.
Après mûre réflexion sur les douze candidatures reçues, et ayant fait porter leur choix sur trois excellentes candidatures, respectivement au niveau national, régional et local, le jury du prix Jean-Pierre Bélanger 2004 a finalement fait consensus pour privilégier un projet localisé dans une petite communauté, excellente réalisation porteuse d’une vision et susceptible d’inspirer d’autres communautés au Québec.

« C’est ici que j’aimerais vieillir »
(Commentaire d’une personne ayant rendu visite à La Corvée)

Le prix Jean-Pierre Bélanger, prix pour l’excellence et l’innovation en promotion de la santé, a été remis le 29 novembre 2004 à La Corvée, une coopérative de solidarité en soins et services offerts à la municipalité de Saint-Camille, située dans la MRC d’Asbestos. Saint-Camille a réussi avec brio à mobiliser la communauté pour relever deux défis majeurs qui se posent à notre société et se poseront de manière croissante au cours des prochaines décennies. Ces défis sont le vieillissement de la population et l’exode des communautés rurales. La Corvée a réussi à freiner ce dernier en gardant les aînés de Saint-Camille dans leur communauté, grâce à la création d’une coopérative d’habitation qui sert non seulement de milieu de vie pour ces personnes mais qui se situe au coeur d’activités diverses destinées à l’ensemble de la communauté.

C’est la Coop de Solidarité qui a débuté ses opérations en janvier 2000, en mettant sur pied une coopérative d’habitation, construisant ou rénovant une dizaine de logements, notamment par le biais de corvées auxquelles la communauté a participé. On y trouve aussi une clinique de santé dont les services sont axés sur la prévention et la promotion de la santé. On s’y préoccupe de repenser le mode de distribution des soins envers les aînés en offrant des services de complémentarité : on y compte six thérapeutes en approches alternatives et des activités intitulées « Délassement-santé ». Des jardins communautaires attenants aux logements sont tenus par des gens de toutes les générations. On trouve aussi des aires de repos et de jeux, une cuisine collective et un lieu de rencontre pour la communauté. Chacun participe selon ses capacités à l’amélioration et à l’entretien des lieux.

Un projet intéressant de La Corvée s’intitule « Accompagnements de vie », concept novateur visant à prévenir les effets négatifs du vieillissement, dont la perte d’autonomie. Il s’agit de services d’accompagnement à domicile qui seraient offerts aux aînés lors de périodes de crises, favorisant leur auto-prise en charge, et soutenant leurs aidants naturels. À La Corvée, on croit que si les personnes sont bien soutenues et au bon moment lors de périodes de crise, cela peut engendrer un équilibre de santé aussi satisfaisant qu’auparavant pour l’aîné et son entourage.

La Corvée se veut donc une entreprise collective mettant l’accent sur le bien-être des aînés et de la population en général, ainsi que sur le maintien de chacun dans son milieu de vie naturel, en offrant des solutions alternatives de soins et de services axés sur la prévention, l’éducation et l’animation. On y trouve entre autres un journal très prisé par la communauté, journal dont le montage est réalisé par les jeunes de l’endroit. Une autre réalisation est la publication d’un recueil de récits de vie des aînés, qui témoignent également de l’histoire locale. Enfin, un carnet de santé aide-mémoire axé sur la prévention est conservé par l’aîné.

L’approche utilisée à La Corvée se veut humaniste, c’est-à-dire que la relation humaine se vit dans le plus grand des respects; participative, soit que la personne aidée participe à son retour à l’autonomie; éducative, signifiant que l’acquisition de nouveaux apprentissages est possible quel que soit l’âge. Elle se veut aussi communautaire, c’est-à-dire enchâssée dans la collaboration et la responsabilité collective des différents partenaires impliqués dans le projet de santé de la communauté.

Bref, en décernant le prix Jean-Pierre Bélanger à La Corvée, l’ASPQ a voulu souligner l’importance d’un projet de promotion de la santé novateur, très intéressant et inspirant pour tous les milieux du Québec, où l’intergénérationnel, le communautaire, les approches ‘douces’ à la santé, l’empowerment et un environnement soutenant sont au premier plan. Ce projet dans tous ses volets permet à des aînés de franchir une autre étape de leur vie sans le risque d’un déracinement souvent problématique, mais avec les avantages du maintien de leur autonomie et d’un sentiment d’appartenance à leur milieu. Cette initiative fait appel, dans sa réalisation, aux forces de la communauté, qu’elles soient humaines, techniques, financières ou sociales. Très bon modèle pour les communautés rurales, il peut inspirer aussi les milieux urbains désireux de construire un environnement favorable à la santé dans son sens le plus global, comme en témoigne notamment la visite à Saint-Camille des promoteurs d’un projet de coop de solidarité à Montréal.


Association pour la santé publique du Québec



Haut de page   Retour
© Association pour la Santé Publique du Québec (ASPQ) 2005 - Réalisation kikooshi.com